Introduction
Vous savez ce qu’il se passe aujourd’hui en France ? Oui, un film de super-héros sort au cinéma. Et pas n’importe lequel. Il s’agit d’Avengers 3. Ah non, de Justice League, excusez-moi. DC compte donc bien élargir encore un peu plus son univers avec un film événement, annoncé il y a plusieurs années de cela et qui regroupe, excusez du peu : Batman, Wonder Woman, Flash, Aquaman et Cyborg. Après le très décevant Batman vs Superman et le plus intéressant Wonder Woman, le film se devait de lancer, une fois pour toutes, une franchise qui a encore beaucoup à prouver au cinéma. Une épreuve réussie ?
En bref
6.1 / 10
Date de sortie française : 15/11/2017
Durée : 120 min
De : Zack SNYDER
Genre : Action, Science-Fiction, Fantastique
Pays : USA, Canada, Royaume-Uni
Avec : Ben AFFLECK (Batman/Bruce Wayne), Henry CAVILL (Superman/Clark Kent), Gal GADOT (Wonder Woman/Diana Prince), Ezra MILLER (Flash/Barry Allen), Jason MOMOA (Aquaman, Arthur Curry), Ray FISHER (Cyborg/Victor Stone), Amy ADAMS (Lois Lane), Jeremy IRONS (Alfred), Diane LANE (Martha Kent), Connie NIELSEN (Reine Hippolyte), J.K. SIMMONS (Commissaire Gordon), Amber HEARD (Mera), Joe MORTON (Silas Stone), Lisa LOVEN KONGSLI (Menalippe), David THEWLIS (Ares), Sergi CONSTANCE (Zeus)
Scénario : Chris TERRIO, Joss WHEDON
D’après l’œuvre de : Bob KANE, Bill FINGER, Jerry SIEGEL, William MOULTON MARSTON, Joe SCHUSTER
Musique : Danny ELFMAN
Photographie : Fabian WAGNER
Effets spéciaux : John ‘D.J.’ Des Jardin
Effets visuels : John ‘D.J.’ Des Jardin
Cascades : Eunice HUTHART
Production : Warner Bros., RatPac Entertainment, DC Entertainment, Atlas Entertainment, Cruel & Unusual Films, Canadian Film, Video Production Tax Credit
Distribution : Warner Bros.
Synopsis
Après avoir retrouvé foi en l’humanité, Bruce Wayne, inspiré par l’altruisme de Superman, sollicite l’aide de sa nouvelle alliée, Diana Prince, pour affronter un ennemi plus redoutable que jamais. Ensemble, Batman et Wonder Woman ne tardent pas à recruter une équipe de méta-humains pour faire face à cette menace inédite. Pourtant, malgré la force que représente cette ligue de héros sans précédent – Batman, Wonder Woman, Aquaman, Cyborg et Flash –, il est peut-être déjà trop tard pour sauver la planète d’une attaque apocalyptique…
Justice League comme sauveur du DCEU ?
Avant de commencer à parler du film, il faut rappeler les incidents qui ont secoué sa réalisation. Justice League est bien un film de Zack Snyder, c’est écrit noir sur blanc durant le générique de début. Malgré le départ du réalisateur américain en plein tournage, à cause de problèmes personnels, on a toujours assuré que son successeur, Joss Whedon (Avengers 1 & 2), avait « respecté sa vision ». Dans les faits, vous allez comprendre que ce n’est pas la stricte vérité.
Une première partie sous forme de désillusion
Le long-métrage se situe quelques jours après Batman vs Superman. Bruce Wayne, fondamentalement changé par les événements dépeints dans ce même film (notamment la mort de Superman), sait qu’un nouvel ennemi, d’une puissance rare, s’apprête à dévaster la planète Terre. Il poursuit alors son recrutement et tente, avec l’aide de sa nouvelle alliée Wonder Woman, de convaincre trois nouvelles personnes aux pouvoirs hors du commun. Avec Aquaman, Cyborg et Flash, ils forment une équipe qui pourrait bien sauver le monde. Mais sont-ils assez forts pour venir à bout du démoniaque Steppenwolf ?
Ce qui saute aux yeux rapidement lorsqu’on regarde ce Justice League pour la première fois, c’est à quel point Zack Snyder a une vision bien plus sombre du film de super-héros que l’éternel rival Marvel. Et il n’en démord pas. Il souhaite absolument continuer dans la droite lignée de ce qui a été mis en place jusqu’à présent, quitte à continuer de surfer sur ses erreurs avec Batman vs Superman. Si on apprécie que le traitement des personnages soit un peu plus adulte que chez la concurrence, il faut faire attention à ne pas s’emmêler les pinceaux. Et c’est un peu cette impression qui domine durant la première partie du long-métrage. Snyder veut nous présenter des héros torturés et faire ressortir les faiblesses humaines qui les contaminent tous. Et ce poids interfère sur la mise en place du scénario.
Si on peut apprécier que tout ne s’enchaîne pas à une vitesse folle, marquant parfois quelques incompréhensions, on regrette tout de même qu’on nous présente avec trop d’insistance « l’esprit d’équipe ». Au milieu de tout cela, c’est bien Batman qui tient l’affiche. Et là encore, le traitement accordé à son personnage laisse perplexe. Si on conçoit que l’homme, qui nous est dépeint comme en reconstruction, vieux et fatalement proche de la sortie, peut être amer, on apprécie moins ce pessimisme ambiant qui l’entoure. Et c’est bien là que se situe la grande erreur du réalisateur : vouloir coûte que coûte que ses héros se trouvent dans une sortie d’agonie mentale qui leur fera défaut.
L’adrénaline reprend le dessus
Cela joue, peut être inconsciemment, sur le rythme du film. La première heure est donc lente, marquée par quelques coups d’éclat sans grande originalité et a surtout pour but de mettre le synopsis en place. Mais il est clair qu’on aurait préféré que le tout soit plus intelligemment mené et que nos héros aient plus de liant. Bien évidemment, un événement va tout changer et c’est à partir de cet instant (à peu près au milieu du long-métrage) que l’on va assister à un ajustement sous adrénaline de la mise en scène. Et que c’est bénéfique à Justice League ! Malgré des rebondissements tout très attendus, on se rend enfin compte du potentiel indéniable que peut avoir l’équipe qui nous est présentée et son intérêt sur le long terme. Dans leur lutte face à Steppenwolf, un ennemi que l’on a trouvé sans grande envergure malgré son histoire et sa puissance, les super-héros réussissent enfin à capter notre attention. Si c’est ce qu’on attendait d’eux depuis le départ, on est satisfait de voir que le film devient enfin un véritable blockbuster qui en met plein les yeux.
Le scénario, étonnamment oubliable, est rapidement mis de côté afin d’effectuer des ajustements bienvenus. Le côté si sombre qui desservait totalement Justice League passe quelque peu aux oubliettes pour finalement se transformer en un film débridé, fun et même très drôle. Si on peut légitimement évoquer les reshoots made in Joss Whedon qui avaient été mentionnés il y a plusieurs mois, on pense surtout qu’une prise de conscience globale a été faite. Sur la fin, Zack Snyder a alors transformé sa réalisation en une œuvre classe et palpitante dont on apprécie de suivre le traitement. Dans sa dernière demi-heure, le film enchaîne alors les scènes d’action d’excellente facture et les blagues à tout va. On est agréablement surpris de rire devant les phrases bien senties de nos héros tout en étant impressionné par les situations qui se développent devant nos yeux. Les effets spéciaux de ce Justice League sont par ailleurs d’excellente qualité, peut-être même les meilleurs vus jusqu’à présent dans un film du DCEU.
On apprécie également de constater qu’un soin particulier a été apporté à la photographie du film, qui sans prétention se veut plus qu’à la hauteur, notamment lorsqu’il s’agit de présenter des décors ouverts. On retrouve bien entendu cette obsession des couleurs obscures et notamment du noir et du gris qui prennent souvent le dessus sur le reste. Cela a l’indéniable avantage de mettre en avant les héros et de les imprégner encore mieux à l’aventure qui nous est contée.
Du côté des personnages justement, et de leurs interprètes, on notera avant tout l’excellente surprise Flash incarnée par le talentueux Ezra Miller. Ce héros, dont on ne soupçonne pas encore l’importance, ajoute un côté piquant et touchant dans un film qui en avait ô combien besoin. Barry Allen, de son vrai nom, est extraordinairement drôle, même s’il fait irrémédiablement penser au Quicksilver de Marvel et au traitement qui lui a été confié. Wonder Woman et la sublime Gal Gadot continuent sur des notes similaires que leur précédent long-métrage tandis que le Batman de Ben Affleck déçoit un peu. À trop vouloir en faire le « leader » du groupe, Snyder l’a un peu grillé et surexposé. Dommage. Aquaman interprété par Jason Momoa joue lui avant tout sur son charisme et sa carrure. Enfin, Cyborg, incarné à l’écran par Ray Fisher est assez juste, bien que le moins marquant de la bande.
Verdict
Justice League est un film de Zack Snyder et de Joss Whedon, quoi qu’on en dise. Décevant dans sa première partie à trop vouloir suivre la ligne directrice d’un Batman vs Superman peu palpitant, le long-métrage se sauve dans sa seconde en se prenant vraiment pour ce qu’il est : un grand blockbuster. Le réalisateur des deux Avengers a certainement apporté sa patte et sa vision pour faire les ajustements nécessaires qui permettent à la réalisation d’être un bon tremplin pour la suite du DCEU. Reste à espérer que le même traitement sera accordé aux futurs épisodes.
Photographie
Secrets de tournage
Justice League est le troisième long métrage tiré de l’univers DC Comics réalisé par Zack Snyder, après Man of Steel et Batman vs Superman.
Passage de relais pour Justice League. Touché par le suicide de sa fille en mars 2017, Zack Synder a abandonné la réalisation du long métrage afin d’être aux côtés de ses proches, laissant le soin à Joss Whedon (Avengers) de boucler le tournage. Un Whedon qui a été chargé de superviser la post-production et de tourner quelques scènes supplémentaires.
« Dans mon esprit, je pensais que ce serait cathartique de retourner travailler, de me plonger dans le travail », déclare Zack Snyder à The Hollywood Reporter. “Ce que demande ce travail est très intense. Ca vous consume entièrement. Et ces deux derniers mois, j’ai réalisé… J’ai décidé que je devais me mettre en retrait du film afin d’être avec ma famille, mes enfants, qui ont vraiment besoin de moi. Ils vivent tous un moment difficile. Je vis un moment difficile. »
Le projet Justice League est dans les cartons d’Hollywood depuis 2007. Il est d’abord passé entre les mains de George Miller (Mad Max Fury Road) avant d’être abandonné. Il a ensuite été question que les Wachowski (Matrix) s’emparent du projet avant que ce dernier ne soit finalement relancé par Zack Snyder.
Un hommage sera rendu au Superman de Christopher Reeve dans Justice League. Le compositeur Danny Elfman a en effet révélé à nos confrères américains de Billboard que son travail sur la bande-originale du film de Zack Snyder et Joss Whedon lui avait permis de réaliser un rêve en rendant hommage au travail de son légendaire collègue John Williams :
« J’ai utilisé à un moment donné le thème de Wonder Woman qu’Hans Zimmer avait introduit dans Batman v. Superman, mais j’ai aussi eu l’occasion d’employer le thème de Superman créé par John Williams, et c’était pour moi l’accomplissement d’un rêve car j’ai pu remanier cette mélodie en l’employant d’une manière plus sombre lors d’un passage vraiment dramatique. C’est le genre de choses que certains fans vont remarquer, alors que d’autres non. Et c’est à moment du film où on ne sait pas dans quel camp Superman se situe. »
L’acteur Ezra Miller, qui incarne le personnage de Flash dans le futur Justice League, a évoqué son costume super-héroïque. Et il y aura une différence de taille par rapport au comic-book puisque ledit costume ne surgira pas de sa bague !
« Je peux le confirmer, attention spoiler, que le costume de Flash ne sort pas de sa bague dans Justice League« , déclare ainsi le jeune Ezra Miller. « Les choses doivent évoluer, vous savez ? Le Barry Allen d’origine était clairement un incroyable, incroyable scientifique, très intelligent. On a conscience de cela et on le respecte. » Et l’acteur de poursuivre : « On s’excuse auprès des fans qui sont fous de cette bague. Je sais que c’est l’une des choses les plus cools du DC Universe. C’était un peu dur pour nous de vendre ça dans la version actuelle de cet univers. Suivez-nous ! Il y aura plein d’autre choses très cools ! »
Danny Elfman, qui officie sur la bande-originale de la Justice League, a réutilisé le thème original de Superman pour le film de Zack Snyder et Joss Whedon. Une façon de rendre hommage au travail de John Williams, qui avait signé la partition du film de Richard Donner.
Elfman a également repris le thème du Batman de Tim Burton, composé par ses soins en 1989. L’information a été confirmée par le compositeur au micro du site Reporte Indigo : « Non, vous n’entendrez pas de nouveau thème musical pour Batman. Vous entendrez le thème de Batman. Oui, Hans Zimmer a fait un travail incroyable, avec un rythme puissant, mais il n’y a jamais eu qu’un seul thème musical pour Batman. Et c’est le thème de Batman. »
Le réalisateur Joss Whedon a tant supervisé de reshoots à propos du film Justice League qu’il a été finalement crédité comme scénariste sur le film aux côtés de Chris Terrio. Ayant été appelé à la rescousse pour superviser le montage, Whedon a également été l’auteur d’une série assez conséquente de reshoots qui ont donné un tout autre déroulé aux aventures de Batman, Superman, Wonder Woman et les autres. En totalité, les reshoots ont engendré une augmentation de budget de 25 millions de dollars.
Ben Affleck a confié à nos confrères d’Entertainment Weekly son enthousiasme pour les scènes supplémentaires de Justice League tournées par Joss Whedon, remplaçant au pied levé de Zack Snyder :
« Je n’ai jamais fait de film qui n’a pas eu recours à des reshoots. Pour Argo, nous avons retourné des scènes pendant dix jours. Et pendant quatre jours pour Gone Baby Gone. C’est très agréable de travailler avec DC. Ils ont atteint leur rythme de croisière et ils soignent leur travail. Cela commence vraiment à fonctionner. Zack Snyder a été touché par une tragédie familiale et il a dû se retirer du film, ce qui est horrible. Mais nous n’aurions pas pu lui trouver de meilleur remplaçant que Joss. Nous avons eu beaucoup de chance qu’il accepte de nous rejoindre. Cela donne au film une intéressante combinaison de deux cinéastes, chacun possédant sa propre vision. C’est la première fois dans ma carrière que je suis confronté à une telle situation. J’avoue avoir adoré travailler avec Zack mais il y a des choses que j’ai également aimé faire avec Joss. »
Dans un entretien accordé au site IGN, le comédien Joe Morton, qui incarne le créateur du superhéros Cyborg dans Justice League, a précisé en quoi consistent les reshoots qui concernent le personnage interprété par Ray Fisher. Il ne s’agirait manifestement pas de retravailler l’histoire, mais plutôt le ton de la franchise, et plus particulièrement du personnage de Victor Stone.
« Je sais que pour Ray Fisher, le jeune homme qui joue Victor, des ajustements visaient à rectifier le ton du personnage. Ce que j’ai entendu dire, c’est que le studio avait besoin d’alléger un peu le film d’une manière ou d’une autre, parce qu’il était trop sombre. Je ne sais pas ce que ça signifie et comment ça s’est manifesté pour ce qui concerne les reshoots, mais c’est ce qu’on m’a dit. Je crois que c’est pourquoi il y a ces reshoots. »
Effectivement, dès sa bande annonce, il est clair qu’avec Justice League, le DCEU négocie un vrai virage pour que ses longs métrages soient moins terre à terre que les précédents Man of Steel et Batman v Superman : L’aube de la justice. Avec Suicide Squad et Wonder Woman, l’humour et la légèreté s’étaient déjà invités. Ce sera encore plus vrai à l’avenir.
Conflit capillaire au sein de la Justice League ! Henry Cavill est en effet moustachu pour les besoins de son rôle dans Mission Impossible 6 de Christopher McQuarrie ; Paramount a refusé qu’il fasse une entorse à son contrat pour se raser au moment de retourner dans l’univers de DC, contraignant Warner à… effacer ladite moustache en post-production. Une augmentation de budget insolite s’il en est !
Les reshoots de Justice League auraient demandé plusieurs semaines d’investissements aux acteurs, au point que Jason Momoa a été contraint de mettre le tournage d’Aquaman entre parenthèses tandis qu’Ezra Miller a failli ne pas pouvoir reprendre son rôle de Credence dans la suite des Animaux Fantastiques. Des prises de vues additionnelles qui ne sont pas sans rappeler celles de Rogue One : A Star Wars Story l’an dernier, sous la supervision d’un Tony Gilroy qui avait ensuite été crédité comme co-scénariste.
Le réalisateur de Justice League Zack Snyder a confié à nos confrères d’USA Today la difficulté qu’il a rencontrée pour constituer la fameuse équipe sans son emblématique leader, Superman :
« C’est difficile de faire Justice League sans Superman. C’est mon impression. J’ai toujours été attiré par l’opportunité qui nous a été donnée de le sacrifier et paradoxalement d’être également la cause de la création de la Justice League. Qu’allons-nous faire désormais avec lui ? Comment va réagir l’équipe ? De quoi a besoin le monde ? Tout cela se met en place. C’est amusant pour nous mais je pense que cela surtout intéressant pour le public de découvrir ce que nous allons faire de lui. »
En l’absence du natif de Krypton, c’est donc Batman qui va faire office de chef d’équipe, en recrutant personnellement ses membres notamment. Un point décisif dans la psychologie du Chevalier Noir incarné par Ben Affleck, comme l’a évoqué Zack Snyder :
« Il a été un solitaire pendant la majeure partie de sa carrière de justicier contre le crime, à part peut-être quand il était avec Robin. Quand nous le rencontrons dans Batman v. Superman, il est au point culminant de sa solitude. Cela a a toujours été notre intention que Justice League permette à Batman d’évoluer vers une forme plus complète de héros. »
Pour Justice League, l’homme chauve-souris dispose d’une Batmobile « reliftée » et comprenant encore plus d’armes. Pour mémoire, nous avions pu apercevoir cette nouvelle Batmobile en nous rendant sur le tournage de Justice League. Comme nous vous l’expliquions à l’époque, elle sera « mieux équipée, dispose d’un nouveau cockpit, de plus d’armes, dont des missiles apparents qui ne manqueront pas de ravir les fans. » Et de préciser : « Au total, la production dispose de deux Batmobiles et envisage à ce jour d’en construire une troisième. »