Introduction
GHOST IN THE SHELL, un manga et un film d’animation cultes. L’adaptation cinématographique est sortie il y a peu au cinéma, que vaut-elle vraiment ? Pour être honnête, si le film de Rupert Sanders avec Scarlett Johansson est une transposition du manga animé séduisante et réussie, son scénario a été modifié de manière à ce que la portée philosophiques des aventures de Major s’en retrouve profondément altérée. Pour ceux qui n’auraient vu ni l’un, ni l’autre, attention spoiler.
En bref
6.8 / 10
Date de sortie française : 29/03/2017
Durée : 107 min
De : Rupert SANDERS
Genre : Action, Science fiction
Pays : USA
Avec : Scarlett JOHANSSON (Le Major), Pilou ASBAEK (Batou), Takeshi KITANO (Daisuke Aramaki), Juliette BINOCHE (Dr. Ouelet), Michael PITT (Kuze), Peter FERDINANDO (Cutter), Chin HAN (Togusa), Danusia SAMAL (Ladriya), Lasarus LATUERE (Ishikawa), Yutaka IZUMIHARA (Saito)
Scénario : Jamie MOSS, William WHEELER, Ehren KRUGER
D’après l’oeuvre de : Shirow MASAMUNE
Musique : Clint MANSELL
Photographie : Jess HALL
Effets spéciaux : Yves DE BONO, Steve INGRAM
Effets visuels : Asregadoo ARUNDI, Guillaume ROCGERON
Cascades : Sean GRAHAM, Glenn SUTER
Production : DreamWorks Pictures, Grosvenor Park Productions, Paramount Pictures, Reliance Entertainment, Seaside Entertainment
Distribution : Paramount Pictures France
Synopsis
Dans un futur proche, le Major est unique en son genre: humaine sauvée d’un terrible accident, son corps aux capacités cybernétiques lui permet de lutter contre les plus dangereux criminels. Face à une menace d’un nouveau genre qui permet de pirater et de contrôler les esprits, le Major est la seule à pouvoir la combattre. Alors qu’elle s’apprête à affronter ce nouvel ennemi, elle découvre qu’on lui a menti : sa vie n’a pas été sauvée, on la lui a volée. Rien ne l’arrêtera pour comprendre son passé, trouver les responsables et les empêcher de recommencer avec d’autres.
Comparaison avec l'original
Adapter Ghost in the Shell en film de science-fiction américain avec de véritables acteurs et surtout une très grande star mondiale, le tout sous la direction du réalisateur de Blanche-Neige et le Chasseur (2012), avait tout du projet casse-gueule. Le résultat est finalement plutôt réjouissant. Rupert Sanders est parvenu, de part un découpage, un rythme, des plans et des cadrages très proches de ceux du manga animé, à en extraire la singularité visuelle. Celui à qui n’importe pas la question de la fidélité à l’oeuvre originale y verra une oeuvre tout à fait aboutie en l’état, un blockbutser d’une facture des plus plaisantes.
Un scénario profondément modifié
Mais le puriste, celui qui chérit le manga comme un objet culte, risque de vite déchanter. Le Ghost in the Shell de 2017 trahit en effet son frère animé de 1995 sur le fond. Si ce manga a marqué la cinéphilie de tant de personnes, c’est parce qu’en plus de son inventivité formelle il proposait une expérience à la portée (osons le mot) philosophique assez vertigineuse. Le scénario du film mené par Scarlett Johansson a profondément été modifié. La pensée et les questionnements qui en découlent se retrouvent altérés. Cette trahison du manga animé par Hollywood peut être résumée en quatre points.
Le film perd en magie là où il gagne en compréhension
L’une des particularités du manga animé est son aspect assez hermétique. Loin d’être un handicap, ses côtés elliptiques et énigmatiques participent sans aucun doute au pouvoir de fascination du film. Le spectateur de la version de 1995 a le sentiment qu’il ne comprend pas tout ce qui se joue dramaturgiquement devant lui. Face à l’énigme que représente le récit, il finit par en quelque sorte lâcher prise pour être plongé dans un état contemplatif, propice à la réflexion et aux errances fertiles de la pensée. Les scénaristes de son adaptation américaine ont complètement évacué cette liberté d’interprétation et cette expérience du temps. Leur Ghost in the Shell est très explicatif. Il dirige le spectateur à travers un récit plus balisé.
L’inversion des deux séquences d’ouverture est d’ailleurs symptomatique de cette opération de simplification. Dans le manga animé, l’attaque de la tour a lieu avant le générique figurant la construction de Major. Le film de 2017 inverse les deux séquences. On voit d’abord les différentes étapes de la fabrication de Major (auxquelles des scènes explicatives sont en plus ajoutées) puis on passe à l’attaque de la tour. Là où le spectateur du manga animé était placé dans une situation dont il ne savait rien, celui du film de Rupert Sanders est dans une posture plus confortable où il détient les informations nécessaires à la compréhension du récit.
Pas la même profondeur cinématographique
Mais ce procédé de simplification n’est rien comparé à la trahison que représente l’appauvrissement philosophique que Ghost in the Shell a subi en traversant le Pacifique. La problématique existentielle qui traverse tout le film japonais est de savoir si une machine arrivée à un niveau de sophistication sans précédent peut avoir des sentiments, être dotée d’une forme de conscience et d’une âme. Major y représente ce modèle de cyborg parfait, en proie à un questionnement existentielle sur sa nature profonde. Ni robot, ni humaine, elle semble se trouver dans un au-délà flou, larguée en solitaire dans une quête identitaire que son quotidien d’arme gouvernementale ne permet pas du tout de faire avancer.
Le film sorti récemment ne va à aucun moment aussi loin. Le Major incarné par Scarlett Johansson s’accroche mordicus à son humanité. Elle se définit comme un cerveau d’humain enfermé dans un corps de robot plutôt que comme un cyborg. Sa problématique existentielle s’en trouve bien appauvrie puisqu’elle se résume à : suis-je encore humaine si mon corps est robotique? D’ailleurs, la question des parts humaines et robotiques de chaque personnage semble être au coeur de film de 2017 alors qu’elle n’était que succinctement abordée dans celui de 1995.
Cette modification sur le fond se traduit linguistiquement dans les dialogues de chacun des films. Le “je” qu’emploie le Major du manga animé renvoie au cyborg en tant qu’entité totale. Elle emploie d’ailleurs un mot diffèrent et parle d’elle à la troisième personne quand elle mentionne son ghost sous-entendu sa partie humaine. A contrario, le je du film de Rupert Sanders renvoie précisément à ce ghost qui ne supporte pas d’être enfermé dans un corps de robot. A ce titre, deux répliques iconiques de chacun des films dévoilent bien leur opposition sur le fond. Au “Ce qui nous sauve est notre humanité.” réplique gentiment humaniste qui clôt le film hollywoodien, le manga répond : “Et si c’était possible, si un corps pouvait engendrer sa propre identité, sa propre âme. Tu te rends compte ? A quoi ça servirait d’être un humain ?“.
Le passé du Major : une pure invention
Si celui qui découvre Ghost in the Shell dans sa version actuellement en salle ne sera en rien choqué par l’évocation du passé de Major, elle devrait faire bondir le fan du manga animé. Dans la perspective de faire de Major une figure d’humaine plutôt que de cyborg, il était quelque part logique qu’elle soit hantée par son idyllique passé d’être de chair. Mais cette réécriture du manga animé pose question quand ce passé inventé sert de motivation profonde aux deux personnages principaux. On apprend donc ici qu’avant de devenir cyborg, Puppet Master et Major formaient un jeune couple de militant anti-technologique vivant dans un squat avec des amis. Sous leur enveloppe robotique, ils finissent par se reconnaître et s’étreignent une dernière fois à la fin du film. Il ne fallait pas manquer de toupet pour faire de ce manga philosophique un mélodrame romantique. Mais en plus de l’amour retrouvé, l’invention du passé de Major permet l’ajout d’un autre ingrédient très made in Hollywood ; la famille, puisque Major découvre qu’elle a une mère qui vit encore. L’opération de détournement du propos du film est totale, Major est bien Human after all.
Deux fins radicalement opposées
C’est justement sur ce motif de la famille recomposée que se clôt le film de Rupert Sanders. Major embrasse sa mère et va visiter sa propre tombe en sa compagnie. Elle a renoué avec sa part humaine et son passé, ce qui la rend plus apte à supporter ce corps-machine. Une fin qui n’a absolument rien à voir avec celle du manga animé. Lors du combat final, Major y fusionne avec Puppet Master, puis son enveloppe matérielle est neutralisée par les autorités. Si elle renaîtra sous les traits d’une enfant, cette fusion lui aura permis de prendre pleinement conscience de ses pouvoirs. Elle sait désormais qu’elle n’est ni humaine, ni robot, qu’elle représente une forme de vie nouvelle, une entité capable d’infiltrer les réseaux de communication et de les contrôler. Les derniers mots énigmatiques de Major annonce une conquête et ouvre sur un horizon sans limite : “Le net est vaste et infini“.
Le Ghost in the Shell de Mamoru Oshii est l’histoire d’une fusion ultime entre la robotique et l’humanité, de l’inquiétante création d’une conscience artificielle, d’une post-humanité à la fois matérielle et immatérielle capable d’infiltrer chaque réseau. Son récit est d’une poésie, d’une profondeur et d’une ampleur folles. Le remake hollywoodien sorti 22 ans plus tard en a complètement trahi le propos et évacué la complexité. Son récit, en plus d’être devenu balisé, n’est pas celui d’une fusion aux accents philosophiques mais bien celui d’une hybridation douloureuse, d’un être qui se réfugie dans son passé familial et amoureux plutôt que d’affronter sa singularité.
Photographie
Si on peut lui reprocher son scénario approximatif par rapport à l’original, Ghost in the Shell a une photographie superbe. L’univers visuel futuriste est bluffant et rappelle un peu celui de Blade Runner, tout en proposant des effets visuels très impressionnants. C’est d’ailleurs ce qui rachète les choix de scénario, Ghost in the Shell fascine par sa beauté étrange, mettant en scène un monde angoissant, dans lequel la place des acteurs n’a pas été oubliée. Omniprésents tant dans les scènes d’action que dans les décors dantesques, les effets spéciaux sont sublimes et, pour une fois, très convaincants en 3D. Qui plus est, Scarlett Johansson semble être née pour incarner le Major dans ce Ghost in the Shell. L’actrice apporte sa plastique irréprochable et son charisme à ce robot guerrier. De la science-fiction efficace, belle, distrayante.
Secrets de tournage
C’est Rupert Sanders, réalisateur de Blanche-Neige et le chasseur, qui a été chargé de mettre en scène l’adaptation cinéma de Ghost in the Shell. Ce dernier avait à cœur de respecter le matériau d’origine : « Quand on a lancé ce projet, la première chose qu’on a eu envie de faire, c’était de venir ici à Tokyo, où tout a commencé. Nous voulions montrer aux créateurs et aux initiateurs de cette œuvre que nous prenions très au sérieux la mise en chantier de ce nouveau chapitre. Nous n’avions pas envie qu’ils soient déçus par ce projet, nous voulions qu’ils en soient fiers. C’était important pour nous de venir ici et dire « voici ce que nous avons fait, voici ce que nous allons faire ». Nous ne faisons pas un remake. Nous réimaginons avec vous, à vos côtés. C’est un grand privilège, un grand honneur de travailler sur cette oeuvre. Je garde à l’esprit l’héritage de Ghost in the Shell et j’en écris un nouveau chapitre. J’espère m’inscrire dans la continuité de cette histoire, de la franchise Ghost in the Shell qui est déjà très vaste. Donc oui je ressens de la pression, mais on en a toujours en tant qu’artiste. Vous devez juste faire du mieux que vous pouvez et espérer réussir. »
Le projet Ghost in the Shell version ciné a commencé à émerger début 2008, quand Dreamworks, la société de Steven Spielberg, achète les droits du manga de Masamune Shirow. Admiratif du travail du célèbre mangaka, le cinéaste met en route le chantier en compagnie du scénariste Jamie Moss et du producteur Avi Arad. Au départ, il est question d’un film dans la même veine esthétique que Sin City ou 300. Le projet est ensuite mis en stand-by pendant plusieurs années avant d’être ressuscité par Dreamworks en 2014, qui annonce le recrutement de Rupert Sanders à la réalisation. Le metteur en scène a d’ailleurs été contacté par Spielberg en personne.
Avant que Le Major ne prenne les traits de Scarlett Johansson, le rôle devait être incarnée par Margot Robbie. Cette dernière a décliné l’offre pour se glisser dans les collants d’Harley Quinn dans Suicide Squad.
Le casting de Ghost In The Shell a dû faire face à une polémique de white washing. En effet, de nombreuses voix se sont élevées, notamment de fans, s’insurgeant du choix de Scarlett Johansson pour camper un personnage asiatique, le Major Motoko Kusanagi. L’actrice est revenue sur la polémique dans une interview : « Je ne pourrais pas prétendre jouer le rôle d’une personne de race différente. La diversité est une chose essentielle à Hollywood, et jamais je n’accepterais de jouer un rôle qui pourrait offenser les autres. Rares sont les franchises qui possèdent une femme en tête d’affiche et, d’un coup, je ressens la pression que ça apporte. »
Quant au producteur Steven Paul, il s’est défendu en affirmant ne pas voir ce manga comme une histoire exclusivement japonaise, mais plutôt comme une histoire universelle. De plus, le réalisateur de l’animé original, Mamoru Oshii, a approuvé lui-même le choix de Scarlett Johansson : « Scarlett Johansson, dans le rôle de Motoko, à tous les points de vue, est allée bien au-delà de toutes mes attentes. Je suis certain que ce film sera plus splendide que tous les autres.«
Le réalisateur Rupert Sanders revient également sur le choix de Scarlett : « Pour moi, c’est la meilleure actrice de sa génération. J’ai été flatté, honoré qu’elle accepte de jouer dans ce film. Beaucoup l’ont également défendue avec véhémence. Elle est incroyable (…) Pour moi, il y a peu d’actrices avec une expérience de 20 ans avec l’esthétique cyberpunk en elle. Elle a fait tellement de films pointus, de Lost in Translation à Under The Skin. Elle a une carrière incroyable. Elle a l’attitude, elle a cette dureté nécessaire pour le rôle du Major (…) Elle a réussi à donner les nuances nécessaires à son personnage. »
Le personnage de Kuze devait être campé par Sam Riley avant que le rôle ne tombe finalement entre les mains de Michael Pitt.
Ghost in the Shell est l’adaptation des longs-métrages animés Ghost in the Shell et Innocence, sortis en 1995 et 2004. Le film reprend des éléments de l’intrigue de ces 2 animés réalisés par Mamoru Oshii. Il intègre également des éléments de la série Stand Alone Complex. À la base, Ghost in the Shell est un manga culte créé par Masamune Shirow en 1989.
Peu après avoir donné son accord en janvier 2014, Rupert Sanders a proposé aux producteurs un roman graphique de 110 pages, totalement original, illustrant sa propre vision du film : « Je voulais revenir à l’univers d’origine de Ghost in the Shell. Le langage visuel du manga a vraiment marqué mon imagination et j’ai donc utilisé de nombreuses images du livre dans ce montage-collage de l’histoire », confie le cinéaste.
Ghost in the Shell a été tourné à Wellington en Nouvelle-Zélande. L’essentiel du tournage en prises de vue réelles s’est déroulé aux Stone Street Studios, plateaux de productions de pointe construits par Peter Jackson au cœur de Wellington, qui ont permis à l’équipe du film de piloter toute la mise en scène sans jamais avoir à circuler en voiture.
Si le tournage du film a eu lieu en Nouvelle-Zélande, c’est aussi pour que l’équipe puisse travailler en étroite collaboration avec Weta Workshop, la société d’effets spéciaux fondée par Peter Jackson. En effet, ces derniers possèdent de très gros moyens avec des studios ultra-modernes et des génies des effets visuels. De quoi satisfaire Rupert Sanders, qui souhaitait faire un mélange astucieux entre décors en dur et effets spéciaux.
Le cultissime personnage de Batou, équipier du Major, devait au départ être interprété par Matthias Schoenaerts. C’est finalement l’acteur danois Pilou Asbæk qui a hérité du rôle. Ce dernier a d’ailleurs déjà croisé Scarlett Johansson dans Lucy de Luc Besson.
Pour Rupert Sanders, il était essentiel d’imaginer un univers futuriste multi-culturel et multi-ethnique. D’où le choix des acteurs venus des quatre coins du monde, du Japon à la Nouvelle-Zélande, de l’Australie à la France, de l’Angleterre aux États-Unis, du Canada au Zimbabwe, sans oublier le Danemark, Singapour, la Pologne, la Turquie, les îles Fidji, la Chine, la Roumanie et la Belgique.
L’équipe de Ghost in the Shell a tourné durant 15 jours à Hong Kong, une ville qui a grandement inspiré Mamoru Oshii dans l’élaboration de ses longs-métrages animés. Rupert Sanders souhaitait ainsi se rapprocher du matériau d’origine et en respecter l’esthétique urbaine.
Mamoru Oshii, auteur de l’animé culte de 1995, revient sur le travail de Rupert Sanders : « Rupert s’est totalement approprié l’histoire. C’est le film le plus beau jamais réalisé sur cette histoire. Rupert a commencé par la composition, les couleurs et l’éclairage. En tant que réalisateur, il me semble qu’un metteur en scène doit pouvoir tourner ce qu’il a en tête et c’est ce que je souhaitais à Rupert. Scarlett Johansson a largement dépassé mes attentes dans le rôle du Major. »
L’équipe du film a choisi de ne pas reprendre le personnage du méchant culte appelé Le Marionnettiste dans l’animé original de 1995. Le producteur Avi Arad s’en explique : « Lorsque c’est un premier volet, la façon dont les personnages se comportent vis à vis des autres, leurs relations avec les personnes qu’ils aiment est déjà suffisamment source de beaucoup de matière. Donc il y aura beaucoup de méchants, qui mèneront une bonne partie de l’histoire, mais ils seront présents avant tout pour affronter Major sur le plan spirituel. » Toutefois, le grand méchant du film, Kuze, interprété par Michael Pitt, vient de la 2ème saison de la série Stand Alone Complex mais comprend des éléments du Marionnettiste. Il ne sera pas non plus le chef d’indépendantistes comme dans la série mais un hacker redoutable.
Scarlett Johansson s’est initiée à diverses techniques de combat sous la houlette de l’expert en arts martiaux et entraîneur Richard Norton à New York et à Los Angeles plusieurs mois avant le début du tournage. « Mon travail visait à démystifier les mouvements de combat spécifiques autant que je le pouvais pour Scarlett », note Norton. « J’évalue ce que chaque acteur peut faire, je leur inculque quelques mouvements de chorégraphie et j’interviens dans les scènes de combat nécessitant certains outils ».
La comédienne est devenue experte dans l’art de feindre des coups en s’arrêtant à quelques millimètres de son adversaire, déclare Rupert Sanders. « C’est terrifiant à voir. Elle a réussi à canaliser la colère sourde et l’humanité cachée du Major. Elle est également l’une des rares personnes capable de vider le chargeur complet d’un fusil mitrailleur automatique sans fermer les yeux ».
L’acteur/réalisateur mythique Takeshi Kitano incarne Daisuke Aramaki, charismatique chef de la Section 9. Contrairement à ses agents comme le Major ou Batou, ce dernier n’a jamais eu recours à des opérations dans le but d’améliorer son corps par la cybernétique. Il est donc le personnage le plus humain de tous. Foncièrement loyal envers les membres de son équipe, Aramaki ira jusqu’à mettre sa carrière en jeu pour assurer leur survie. C’est aussi un mentor et un père de substitution pour le Major. Rupert Sanders admire depuis toujours le travail de Kitano, comme acteur et réalisateur.
Loin de maîtriser la langue anglaise, l’acteur a préféré parler japonais sur le plateau et donner la réplique dans sa langue natale, ce qui s’intègre parfaitement à l’histoire. Quand ils sont en mission, les membres de la section 9 communiquent par télépathie et à distance par l’intermédiaire d’un implant cybernétique appelé commutateur mental : « Les commutateurs mentaux me permettent de parler japonais et d’être simultanément traduit dans la langue de chacun des membres. Ça serait fantastique si c’était possible dans la réalité », explique Kitano.
Le Docteur Ouelet, éminent scientifique de Hanka Corporation et créateur du Major, était représenté sous les traits d’un homme dans les précédentes versions de la saga. Dans le film, le Docteur est incarné par Juliette Binoche. Rupert Sanders, il était important de mettre l’accent sur le côté maternel du personnage : « Le docteur Ouelet est la véritable mère du Major. Elle l’a construite. Et il y a quelque chose qui m’a frappé : le docteur Ouelet se consacre à sauver l’humanité. Elle croit que si on ne cherche pas à échapper à notre condition de mortels, on ne pourra pas survivre. Malheureusement, son travail est financé par l’armée qui ne partage pas les mêmes motivations », indique le metteur en scène.
Juliette Binoche ajoute : « La science-fiction n’est pas mon truc mais mes enfants m’ont incitée à faire le film. Quand j’ai lu le scénario la première fois, je n’ai rien compris, parce qu’il s’agit d’un monde imbriqué dans un autre. C’est comme quand on lit Shakespeare pour la première fois : on n’y comprend rien. Mais quand on apprend certains mots et certaines références, cela devient drôle et exaltant ».
La bande-originale des animés Ghost in the Shell a été composée par Kenji Kawai. Rupert Sanders a repris sa musique devenue cultissime pour certaines séquences iconiques reconstituées dans le film live comme la « naissance » du Major. Le reste du score a été composé par Clint Mansell (Requiem for a Dream).
Pour incarner le méchant du film, Kuze, Michael Pitt a fait preuve d’une grande implication, travaillant sur son élocution et sa façon de bouger, rédigeant des dizaines de pages sur le parcours de son personnage. Rupert Sanders commente : « Quand il a commencé à tourner, cela faisait des mois qu’il suivait un régime en ne mangeant que des aliments crus. Il faisait de la boxe et du Pilates tous les jours. Il était non seulement mince comme une liane et musclé, mais il avait aussi mis au point un personnage d’une grande profondeur. Il s’est construit une petite maison à partir d’un container de transit installé à l’arrière des studios, où il avait un punching-ball et un cendrier. Et il a rempli des carnets de centaines de peintures de Kuze. C’est merveilleux de voir un grand comédien comme lui à l’œuvre. »
Pour le directeur de la photographie, Jess Hall, la plupart des caméras numériques produisaient une image trop nette pour saisir la qualité picturale de l’animé. Il a donc travaillé avec Panavision à la conception d’objectifs sur mesure pour l’Arri Alexa 65 : “Nous employons des focales grand angle avec une perspective limitée afin de ne pas avoir trop de distorsions, ce qui est aussi typique de l’anime. Ils donnent également des couleurs plus douces, plus subtiles, qui me plaisent beaucoup”, précise le technicien.
Les costumes de Ghost in the Shell ont été conçus par Kurt Swanson et Bart Mueller, tandem qui a collaboré à des films divers tels que Hunger Games : La Révolte ou Dallas Buyers Club : « Je voulais un styliste qui soit issu de la mode de tous les jours. Je souhaitais qu’on découvre notre univers à travers des groupes de gens comme on en voit dans la vraie vie. Personne ne s’habille de la même façon », explique Rupert Sanders.
Si les costumes de l’animé sont très marqués par les années 80, le cinéaste voulait faire en sorte que le film ne paraisse pas figé dans une ère révolue: « Il était important pour Rupert que le style du film soit contemporain et qu’on puisse s’y retrouver », indique Kurt Swanson. « Il adore les grands classiques de la science-fiction, ce qui nous a donc servi de point de départ. » Mais les fans seront surtout heureux de découvrir le costume thermoptique emblématique du Major – une deuxième peau qui lui permet de devenir invisible. Conçu par Kurt et Bart en collaboration avec le studio WETA, le costume est le fruit de plusieurs mois de recherche et de développement.
